Les mauvaises blagues, les blagues de cul, sont dans mon univers ce
que la gravitation est dans le vôtre. Elles régentent
toute ma vie, la vie de toute ma famille.. Je suis un personnage
coincé dans un recueil de blagues – de blagues qui
sont, en outre, de très mauvais goût.
Voici un objet
littéraire qui pourrait être un livre « freaks
», où la monstruosité fait la loi, où
beauté et laideur se disputent dans la demesure ».
C’est naïf, c’est totalement cru et cruel. Le
livre des blagues (The Book of Jokes) est dur et violent comme
Orange mécanique, étourdissant et profus comme - Les
Mille et une nuits. Réaliste jusqu’à
l’excès, on pourrait oser déréaliste.
D’une maison de verre à la prison – où
les pères violent et où les mots se répandent
tels des maladies – L’Assassin, le Violeur et le
Narrateur déconstruisent le réel. Ou le monde. Ou les
gens. Comment ? En racontant des blagues. En vivant les blagues. En
étant les blagues. Nous plaisantons de tout – mais
n’est-ce pas les blagues, n’est-ce pas la culture pop
qui seraient les pires et les plus justes miroirs de
nous-mêmes ? Ici, les blagues sont des contes. Des contes
très actuels. Les mauvaises blagues sont les contes que nous
méritons. Le XIVème siècle a eu le
Décameron, nous avons Le livre des blagues.
Momus
était le dieu grec de la plaisanterie. Ses mots blessent
mais touchent juste. Il écrit ce qui ne peut
qu’être dit. Dit dans les cours de récré
par des enfants de neuf ans qui pensent/savent que la seule chose
importante, c’est de baiser des vaches et trucider des nonnes
(ou bien trucider des vaches et baiser des nonnes ?). Attention !
Notre inconscient collectif sombre en un livre cauchemardesque. Un
livre interdit. Il est plus prudent de s’en tenir à
l’écart. Est-ce qu’un livre et son lecteur
peuvent être oncles l’un de l’autre ?
Roman
étranger
Traduit de l’anglais par Marie Surgers
200
pages - 18 euros
ISBN : 9782917157091
Coparution du livre aux
États-Unis (Dalkey Archive) et en Allemagne (Blumenbar),
sous le titre The Book of Jokes.